L'OEUVRE CAPITALE DE MARX A 150 ANS CETTE ANNEE
L'œuvre Capital de Marx a 150 ans cette année, ce qui lui vaut la Une de l'Humanité de ce mardi;-)
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"Descendant depuis les docks de Hambourg les fleuves impassibles d'une critique qui d'abord s'en tint à la « conspiration du silence », le Capital, de Karl Marx, écoulé à son lancement à quelques centaines d'exemplaires, est devenu un monument de la littérature mondiale, traduit dans des centaines de langues.
. « Certainement le plus redoutable missile qui ait été lancé à la têt...e de la bourgeoisie », selon les mots du philosophe, militant et journaliste révolutionnaire allemand. Ce « missile » sembla définitivement tombé dans la fosse commune de la « fin de l'histoire » proclamée triomphalement à la fin du siècle dernier.
Il fuse à nouveau, objet de travaux universitaires toujours plus nombreux, adapté de multiples manières, aussi bien sur scène qu'en bande dessinée, retrouvant droit de cité à découvert dans les débats publics, qu'ils soient syndicaux, politiques, historiques ou philosophiques.
À 150 ans de sa première édition, la publication d'une traduction revue et corrigée du Capital aux Éditions sociales est l'occasion de mesurer l'actualité des analyses de Marx dans un contexte marqué par la fuite en avant d'un capitalisme embourbé dans ses contradictions depuis, notamment, le déclenchement de la crise financière internationale"
Pour une introduction au Capital, lire cet article de mon ami Henri Houben http://www.marx.be/fr/content/lire-le-capital
Avec la crise économique née en 2007 aux États-Unis et propagée à la planète entière l’année suivante1, il y a un net regain d’intérêt pour les analyses de Karl Marx. Nombre d’éditeurs ressortent son ouvrage le plus important, Le Capital, suscitant des lectures militantes ou simplement curieuses. Décidément, Marx n’est pas mort.
Mais cet engouement justifié a dû recevoir quelques contrecoups au moment d’entamer la lecture du livre I, le seul paru du vivant de l’auteur. En effet, les quarante premières page sont particulièrement ardues et denses. Il faut entrer d’emblée dans la pensée de Karl Marx, toute empreinte de philosophie et d’hégélianisme. Il pose ses concepts ou ceux de l’économie classique et jongle avec eux, comme s’ils étaient évidents pour tous. De quoi dérouter un lecteur peu averti.
Si Marx avait dû publier son livre tel quel aujourd’hui, il aurait eu certainement du mal à trouver un éditeur. Tous lui auraient conseillé une approche moins directe, moins difficile, sachant que les débuts d’un ouvrage sont essentiels pour donner l’envie et le goût de poursuivre l’aventure analytique. Quitte à compliquer par la suite.
Pourtant, dans le document, au fil des pages, il existe des passages très accessibles, très plaisants même, par exemple sur la lutte en faveur de la réduction du temps de travail, sur la surpopulation relative — le nom donné par Marx au chômage à une époque où il n’y avait pas d’allocations —, sur l’accumulation primitive (les enrichissements initiaux des capitalistes)… Mais ceux-ci se trouvent au milieu de l’ouvrage ou à la fin. Il faut donc avant d’y arriver passer d’abord par l’introduction rébarbative.
Pour ces raisons, Louis Althusser5 proposait de sauter ce début et d’entamer la lecture à la deuxième section de l’ouvrage, soit quelque 75 pages plus loin. Une fois baigné dans la méthode et les concepts utilisés par Marx, le lecteur intéressé aurait pu revenir à ce début initialement délaissé.
Marx reconnaît volontiers dans une lettre adressée à son éditeur français : « La méthode d’analyse que j’ai employée et qui n’avait pas encore été appliquée aux sujets économiques rend assez ardue la lecture des premiers chapitres, et il est à craindre que le public français toujours impatient de conclure, avide de connaître le rapport des principes généraux avec les questions immédiates qui le passionnent, ne se rebute parce qu’il n’aura pu tout d’abord passer outre. C’est là un désavantage contre lequel je ne puis rien si ce n’est toutefois prévenir et prémunir les lecteurs soucieux de vérité. Il n’y a pas de route royale pour la science et ceux-là seulement ont chance d’arriver à ses sommets lumineux qui ne craignent pas de se fatiguer à gravir ses sentiers escarpés »
Pour notre part, nous pensons qu’il est important d’entamer le Capital par son début, de faire l’effort d’emblée, de se lancer sur les lacets tortueux de la connaissance, comme le suggère Marx, en sachant que c’est le gros morceau à avaler et qu’ensuite le reste pourra être digéré plus aisément. Mais, pour cela, il faut sans doute une mise en condition, une explication. D’autant que l’auteur publie son livre en 1867, qu’il utilise le vocabulaire d’un philosophe allemand du 19e siècle et qu’il répond à des questions qui se posent à son époque. Le contexte actuel est tout à fait différent.
Ce qui est remarquable dans l’ouvrage est que Marx expose son analyse économique à partir d’une réflexion méthodologique basée sur une logique rigoureuse et ce, dès les premières pages. C’est ce qui les rend particulièrement difficiles. Il s’agit de ne pas manquer un élément de la démonstration.
Marx et Engels ont précisé dans des exposés annexes la méthodologie utilisée. Certes, ces textes ne sont pas aisés eux non plus, mais ils éclairent la manière marxiste d’analyser les phénomènes économiques et sociaux. Le point de départ est le relevé des faits historiques.
Mais peut-on s’arrêter à cela ? On obtient, en effet, une masse d’observations qui vont un peu dans tous les sens. Comme l’écrit Engels : « L’histoire procède souvent par bonds et en zigzag, et s’il fallait absolument la poursuivre partout, cela exigerait non seulement l’insertion de beaucoup de matériaux de peu d’importance, mais aussi que la suite des idées fût souvent interrompue ; en outre, on ne saurait écrire l’histoire de l’économie sans celle de la société bourgeoise, et le travail n’en finirait plus, car tous les travaux préalables manquent. »
En d’autres termes, l’histoire nous mène un peu dans toutes les directions et nous devons, dès lors, reconstituer le réel à partir des lignes directrices et ce, dans leur développement logique. Engels poursuit : « C’est donc le mode logique de traiter la critique de l’économie qui était seule de mise. Mais celui-ci n’est en fait que le mode historique dépouillé seulement de la forme historique et des hasards perturbateur» Ainsi, la méthodologie qui consiste à partir de l’histoire permet de distinguer les phénomènes essentiels de ceux qui sont secondaires, voire sans importance. On peut les voir se développer du plus simple au plus complexe et reconstituer la logique nécessaire à ce processus.
En même temps, il s’agit de constater les relations entre les phénomènes, car comme l’écrit Engels : « L’économie ne traite pas de choses, mais de rapports entre personnes et, en dernière instance, entre classes ; or, ces rapports sont toujours liés à des choses et apparaissent comme des choses. » D’où l’erreur de l’économie « vulgaire de ne voir que les choses et le rapport aux choses.
Enfin, il faut constamment revenir à l’histoire pour vérifier, corriger et améliorer l’analyse. Engels conclut : « On voit qu’avec cette méthode, le développement logique n’a nul besoin de se maintenir dans le domaine de l’abstraction pure. Au contraire, il a besoin de l’illustration historique, du contact continuel avec la réalité » Il définit ainsi ce que les marxistes appellent le matérialisme historique...
Vous pourrez lire l'intégralité de l'écrit d'Henri Houben sur le "Capital" de MARX à l'adresse suivante :
Henri Houben http://www.marx.be/fr/content/lire-le-capital

