Les Esclaves.
Avec nos regards nus sur la réalité
Que ne transfigura l'arc-en-ciel d'aucun prisme,
Nous regardons marcher votre morne héroïsme
Grelottant en hiver et suant en été,
Vous, compagnes de ceux que mange la fabrique,
Vous épouses qu'on bat, et vous, maigres catins
Sans fards dont rehausser vos pauvres sens éteints
Qu'assaille le désir brutal comme une trique.
Votre destin nous frôle, austère et grimaçant:
Nous avons vu, penchés aux trous d'or de nos portes,
Vos paupières sans cils, vos faces aux joues mortes,
O chair de notre chair et sang de notre sang!
Nous avons vu vos fronts et leurs rides précoces
Disant l'enfance sans berceau ni fiction.
La vie a fait de vous une âpre abstraction
Regardant par deux yeux remplis d'heures atroces.
Enceintes de misère, enceintes de laideur,
Vos flancs couvent l'horreur des races accroupies
Qui vivront comme vous, loin de nos utopies,
L'esclavage éternel et muet du malheur.
Tous les rêves sont morts. L'espérance est passée...
Ah! tristes soeurs, pleurons sans paroles sur vous!
Vous ne saurez jamais quel geste tendre et doux
Incline sur vos coeurs meurtris notre pensée!
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