04-12-23- LE CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN : L'ART D'EMPÊCHER TOUTE ISSUE POSSIBLE (VLADIMIR CALLER : LE GRAND SOIR)
Le conflit israélo-palestinien : l’art d’empêcher toute issue possible
Vladimir CALLER
Depuis qu’en février 1947 la Grande Bretagne, sortie très affaiblie de la guerre, décida de remettre aux Nations Unies son mandat d’occupation des territoires de la Palestine, la « bataille démographique » entre Juifs et Arabes pour occuper ces terrains ne fit que s’exacerber, favorisée par les effets, matériels et symboliques, de la montée du national-socialisme dans l’Europe germanique et plus tard par la mise en œuvre de la Shoah. L’historien et diplomate israélien Elie Barnavi n’hésite pas à le reconnaître franchement : « Pour choquant que cela puisse paraître, Hitler a certainement été le levier le plus puissant dans l’édification de l’Etat juif [ ] ». C’est donc l’Organisation des Nations Unies qui assumera la mission compliquée d’organiser le partage de ces terres, d’autant plus compliquée qu’elles sont considérées comme des « terres saintes » par les deux parties, et qui fera une proposition largement favorable, quant aux surfaces à distribuer (voir plus loin), à la partie israélienne.
Un fin tacticien
Côté juif, un brillant négociateur, David Ben Gourion, aussi radicalement antipalestinien que Benyamin Netanyahou mais bien plus tacticien sur le fond et élégant dans les formes que lui, acceptera en principe les critères de partition du territoire palestinien proposés par les Nations Unies. Et il le fera parce qu’il savait qu’il n’allait en aucune manière les respecter ; le refus de cet accord par les Palestiniens ne pouvait que conforter ses calculs. On se trouvait ainsi en 1948 devant une sorte d’accord factice entre « (...) ceux qui ne le souhaitaient pas mais qui disaient ”oui” (les Israéliens) et les autres qui le souhaitaient mais qui disaient ”non” (les Palestiniens.) », ces derniers voulant une partition bien plus juste.
Cette formulation, dont je regrette de ne pas me rappeler l’auteur, résume bien le quiproquo diplomatique de haut niveau dont Israël, plus exactement Ben Gourion et ses rêves expansionnistes, sortiront vainqueurs sur toute la ligne. Ce dernier reconnaîtra plus tard sa mauvaise foi avec une sincérité désarmante : « Si j’étais un leader arabe, je ne ferais jamais de concessions à Israël. C’est naturel : nous leurs avons pris leur pays. Bien sûr, Dieu nous l’avait promis, mais qu’est-ce que ça peut vouloir dire pour eux ? Notre Dieu est le nôtre, pas le leur. [ ] » Ainsi, faute d’accord confirmé, naîtra un État qui eut la très rare particularité de ne pas avoir commencé par définir ses frontières.
C’est à peu près ainsi qu’est née l’illusion d’une solution « à deux États ». Elle a connu moult vicissitudes dont, en particulier, le spectaculaire rétrécissement des terres initialement pressenties pour l’instauration d’un État palestinien.
Peu importent nos avis sur les événements du 7 octobre et leurs prolongements, il me semble évident qu’à leur suite, la solution dite « à deux États » pour régler le conflit israélo-palestinien et encore plus celle « à un seul État » unifié, sont vouées à un enterrement définitif. Et ce d’autant plus que, à défaut d’un minimum de lucidité politique, une forte influence religieuse, en plus dans sa version messianique, semble dicter la définition des objectifs finaux des belligérants. Ainsi, il ne resterait comme « sortie » de l’impasse que l’effacement du peuple palestinien ou du peuple juif des terres disputées ; ou des deux, si la conflagration devenait nucléaire et planétaire.
Cherchant à comprendre la nature de cette crise, il m’a paru indispensable de jeter un regard sur les comportements et responsabilités de certains de ses protagonistes.
Le « ben-gourionisme » français
Ce 12 octobre, lors de son allocution télévisuelle sur la guerre Israël-Hamas, Emmanuel Macron, après avoir condamné sévèrement et à plusieurs reprises la nature terroriste de l’agression du Hamas et confirmé son soutien absolu à l’État d’Israël, s’est dit favorable pour sortir de l’impasse à « la résolution du conflit israélo-palestinien par une solution à deux États ».
Le président français n’a jamais condamné l’implantation, souvent très violente, des colonies juives sur des terres palestiniennes ; lui qui, pourtant, ne manque pas l’occasion de condamner toute atteinte aux droits de l’homme à Caracas, à Moscou ou à la Paz, s’est toujours contenté de conseiller de la « retenue » à chaque massacre de manifestants palestiniens [ ]. Il avait donc besoin d’urgence d’un brevet d’impartialité pour dissimuler son réel tropisme prosioniste. Ce fut le sens d’une proposition de sortie de crise dans laquelle il ne croyait absolument pas.
En agissant de la sorte, il ne faisait que, d’une certaine manière, reproduire les méthodes du fondateur de l’État d’Israël David Ben Gourion qui faisait appel à quelques formulations faussement progressistes et arborait une étiquette « socialiste » pour mieux œuvrer à la construction des piliers de ce qui allait devenir le système du néo-apartheid israélien. Sa proposition en faveur de la solution « à deux Etats » pour sortir du vieux conflit israélo-palestinien, pouvait donc lui être très utile pour se fabriquer une image de neutralité. Or, vu sa proximité avec l’État d’Israël, Emmanuel Macron est parfaitement au courant que, non seulement la probabilité de la « solution à deux États » est tout à fait nulle mais qu’elle impossible précisément parce que la diplomatie occidentale, dont la française, a tout fait pour que cette option ne puisse jamais se réaliser. Et ce, en cautionnant, sinon en soutenant, l’expansionnisme israélien mené par voie militaire ou par la colonisation illégale de terres palestiniennes ; cette dernière pratique s’est d’ailleurs substituée à celle de la guerre classique.
VOUS POUVEZ LIRE L'ARTICLE INTEGRAL SUR L'EXCELLENT SITE DU GRAND SOIR
/image%2F1454732%2F20231204%2Fob_0bd475_palestine-041223.jpg)