MON EXODE DE 1940 RACONTE PAR MON GRAND PERE (7)
Marcelle avait quitté Bruxelles, parce qu’Emile (1), avec tous ses agents avait reçu l’ordre de se transporter à Ostende, puis à Ypres. A notre arrivée, Marcelle était chez Van de L. mais fut bientôt auprès de nous. A la ferme, nous avions trouvé Pierre Vil. qui, avec son domestique et sa voiture : deux places se proposait encore de passer la frontière, le jour même.(1)Le mari de Marcelle, mon oncle
La femme de mon fils voulait faire de même et Madame Aug. n’était pas la moins récalcitrante et il fallut au moins une demi-heure, pour les décider à descendre de voiture et à passer la nuit à Vlammertinghe ; en même temps Pierre Vil. s’était décidé à faire de même.
Le soir, Emile arriva avec Monsieur G. et insista vivement pour que Marcelle et ses enfants nous accompagnent dès le lendemain matin, estimant qu’il était grand temps de quitter la Belgique.
Lui partait avec ses agents, son matériel, et Lot., sa servante, comme il en avait reçu l’ordre, mais il voulait aviser aux moyens de transport. Or la voiture de Pierre Vil. était trop petite, et il fut décidé que Pierre prendrait la vieille Ford de Monsieur Gor. et que celui-ci conduirait la voiture de Pierre. Pendant tout le jour, on attendit dans l’espoir de voir arriver Camille (2), mais en vain.
(2) Sœur d mon père, donc ma tante.
Il en fut de même le lendemain. Il fallut bien partir sans elle, mais en laissant un mot à la ferme pour dire, qu’afin de se retrouver tous en France, elle devait donner se des nouvelles au Père Goy. à Paris
On se mit en route vers neuf heures du matin pour un poste dont j’ai oublié le nom mais qui était fermé ce jour-là ; de là vers un autre poste appelé Neuve-Eglise où il y avait des centaines de voitures à l’arrêt et où nous fûmes suivis par des centaines d’autres. On croyait devoir loger à Neuve-Eglise, quand vers cinq heures, on précipita les formalités, et un quart d’heure après nous étions en France, non sans avoir été séparés pendant un quart d’heure de la voiture de Pierre Vil. qui conduisait Marcelle et ses enfants ; il avait déclaré au poste français qu’il avait des armes et qu’il ne savait plus les retrouver, mais on le laissa passer quand même, et la caravane s’étant reconstituée, nous arrivâmes à Béthune vers le soir.
Yvan Balchoy