"ETRE LIBRE CE N'EST PAS CHOISIR A TOUT VENT, C'EST ETRE SOI-MEME" (LA LIBERTE DANS L'OEUVRE DE DOSTOÏEVSKI - 132)
Quelle mission spirituelle peut bien valoir un tel titre à la Sainte Russie ? Dans le « Journal d’un écrivain », Dostoïevski s’efforce de convaincre ses lecteurs qu’il existe au moins une idée que partagent toutes les courants de pensée russes, même les plus opposés, sans bien entendu pouvoir se mettre d’accord sur leur application.
Les « occidentalistes » croient, et lui aussi, qu’un jour viendra où s’évanouiront à la lumière de la raison et de la connaissance toutes les frontières naturelles et tous les préjugés qui, jusqu’ici, à cause des égoïsmes nationaux ont empêché les nations de se fondre en une société libre.
Tous les peuples finiront par vivre en bonne intelligence, s’efforçant d’atteindre, par la raison et par l’amour, à l’harmonie universelle. Cette foi, vivante et essentielle, fait-il remarquer, tout le monde l’admet en Russie, la classe intellectuelle aussi bien que le peuple. Même la Religion l’a insérée dans son « CREDO ».
A titre de preuve, il se tourne vers les Slavophiles. N’affirment-ils pas que la Russie, en s’unissant au Slavisme et en prenant la direction des peuples, dirait au monde la plus sublime parole qu’il ait jamais entendue et promulguerait le testament scellant l’union de l’humanité ; c’en serait fini de cet esprit d’égoïsme qui juxtapose artificiellement aujourd’hui individus et nations, au nom des principes scientifiques de la « lutte pour la vie ».
L’idéal des Slavophiles est d’opérer la fusion dans un esprit de large et sincère amour, en excluant résolument toute conception matérialiste et tous recours au mensonge.
Khomiakov et ses amis comptaient établir la synthèse universelle en l’établissant sur l’exemple particulier qu’il appartient à la Russie de donner en tant que tête de tous les peuples slaves. L’important, conclut-il, n’est pas de savoir comment on croit à l’union universelle, mais de saisir, au-delà de divergences évidentes, que tout le monde en Russie tend vers cette union universelle. (1) S’il en est ainsi, c’est que tous les russes partagent une idée nationale
Ainsi le socialiste Bielinski écrit : « La vocation de la Russie est d’absorber tous les éléments de la vie du monde entier, pas seulement ceux de la vie de l’Europe… Nous, russes, sommes les héritiers du monde entier… La Russie doit réaliser la synthèse générale, accueillir et transformer en un « TOUT » organique, en libérant de leur unilatéralité les éléments positifs des autres peuples. (Cf. A. Koyre, ouv. cité, page 157
Fixe, celle de l’union sociale universelle qui porte en elle le salut de l’humanité. (2)
« Journal d’un écrivain », 1877, page 440-441
Yvan Balchoy
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