"ETRE LIBRE CE N'EST PAS CHOISIR A TOUT VENT, C'EST ETRE SOI-MEME" (LA LIBERTE DANS L'OEUVRE DE DOSTOÏEVSKI) - 173
CHAPITRE II : DE LA CREATION A LA CHUTE
Dostoïevski, n'a évidemment écrit aucun traité sur la création. Cependant, dans une lettre à un certain V.A. ALEXIEV, parlant des origines spirituelles de l’homme, il se livre à une exégèse singulièrement avancée pour son époque du récit de la Genèse. (1)
(1) Correspondance de Dostoïevski, tome III de l’édition russe, page 550
Rappelant la thèse Darwinienne de l’origine de l’homme à partir du singe, il note que la parole du Christ n’entre pas dans de tels détails mais veut avant tout révéler à l’homme qu’il est plus qu’un animal terrestre. La Bible n’explique pas le « comment » de l’origine humaine ; elle révèle une intervention spéciale de Dieu dans la création de l’homme ; le souffle de vie qu’il lui a insufflé s’identifie selon lui au « spirituel ». Malheureusement, note-t-il, par le péché, l'homme peut retourner à sa condition « bestiale. »
Sous une tout autre forme, il reprend en un de ses contes fantastiques intitulé « Songe d’un homme ridicule », le problème des origines. (2)
(2) Ce récit fut publié en 1877 dans le « Journal d’un écrivain ». Camille Motchoulskki projette la portée de ce « songe » dans l’avenir. « A 50 ans, écrit-il, Dostoïevski se permet enfin de dire jusqu’au bout la plus invraisemblable de ses idées : passer, ne fût-ce qu’une minute dans le « paradis sur terre » (page 461). Mais le critique reconnaît également qu’au tableau de la béatitude paradisiaque succède celui de la chute représenté symboliquement par un péché de l’homme ridicule.
Dostoïevski, à mon avis, y décrit à la fois le passé et l’avenir en les opposant tous deux au présent phénoménal qui semble le plus vraisemblable, mais ne constitue en réalité qu’un songe-creux, qui s’évanouit devant la Réalité de la Vérité vivante que seule la Foi est à même de discerner
Il y évoque sous une forme mythique les premiers jours de l’humanité et l’introduction du mal dans le monde. Il imagine une période heureuse tout au début où l’homme vivait de plain-pied avec l’Absolu.
Yvan Balchoy
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