INTRODUCTION A L'HISTOIRE DES RELIGIONS (66)
A partir du XIII ème siècle, on assiste à la mise en question progressive, à l’ébranlement, plus à la dislocation progressive de l’union entre l’Eglise et la société civile.
Retour à la pureté de l’Evangile au sein d’un catholicisme purifié (XIIIe) , d’un christianisme évangélique en rupture avec Rome, d’une religion raisonnable, puis d’une religion centrée sur la quasi-divinisation de l’Homme, et enfin aujourd’hui mise en question du sens de cet homme lui-même jugé absurde. Telles sont les grandes étapes de cette crise survolée de très haut.
Si on veut la cerner de l’intérieur, au plan même de la conscience, le drame qui, peu à peu, bannit successivement la religion de tous les secteurs, non seulement de la vie sociale, des relation interhumaines, de l’organisation politique, économique et civile, mais aussi de la conscience personnelle et morale des hommes ; on constate que la référence à Dieu, comme base de la vie morale, s’atténue et s’efface au profit d’une référence au « projet de l’homme ».
Voilà comment le grand théologien allemand, martyr de la foi et grand résistant antinazi, Dietrich Bonhoeffer, considéré par beaucoup comme le prophète de l’école théologique dite de la « mort de Dieu » décrit ce processus :
-« Le mouvement vers l’autonomie humaine ( j’entends par là la découverte des lois selon lesquelles le monde vit et se suffit à lui-même dans les domaines de la science, de la vie sociale et politique, de l’art, de l’éthique et de la religion, qui commence au XIII ème siècle environ – je ne veux pas m’embarquer dans une discussion oiseuse sur l’époque exacte),a atteint un certain achèvement de nos jours. L’homme a appris à venir à bout de toutes les questions importantes sans faire appel à « l’hypothèse » Dieu. Cela va de soi dans les questions scientifiques, artistiques et même éthiques et, personne n’en doute, ceci est de plus en plus valable pour les questions religieuses elles-mêmes ; il apparaît que tout va « sans Dieu » aussi bien qu’auparavant. Tout comme dans le domaine scientifique, « Dieu, dans le domaine humain, est repoussé toujours plus loin hors de la vie, il perd du terrain. »
(Permettez-moi un incursus ici ; animant, il y a peu une retraite à des jeunes filles de l’enseignement catholique, je leur ai demandé ce qu’évoquait spontanément pour elles l’idée de Dieu :
- pour deux : intimité, ami
- pour deux autres : supérieur, au dessus de…
- pour trois : rien, rien, vide)
Beaucoup de chrétiens s’accordent à voir dans cette évolution un mouvement qui nous éloigne de Dieu et du Christ. Le monde, qui a pris conscience de lui et de ses lois, est sûr de lui d’une manière qui peut inquiéter.
Même si les catastrophes, les « ratés » de tout genre ne manquent pas à notre temps (guerre, civilisation de l’anonymat, de l’inhumain) elles ne parviennent pas à faire douter l’homme d’aujourd’hui de la valeur du chemin qu’il suit, malgré les efforts des apologistes modernes du Christianisme qui tentent par tous les moyens de démontrer que les maux du monde actuel sont dus à son éloignement de Dieu.
Yvan Balchoy
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