LA LIBERTE DANS L'OEUVRE DE DOSTOÏEVSKI : ÊTRE LIBRE, CE N'EST PAS CHOISIR A TOUT VENT, C'EST ÊTRE SOI-MÊME. (287)
Il n’est pas moins grave de rejeter au nom de la liberté de l’amour toute norme, toute loi. L’opposition si facile à créer entre Morale et Amour repose sur une équivoque.
L’adage Augustinien : « Aime et fais ce que tu veux » suppose au préalable ce « travail de la maitrise de soi » et cet effort que réclame Zosime de « l’amour agissant. »
S’il est relativement facile de situer l’amour par rapport à l’intelligence. Pourtant si l’amour est communication directe aux valeurs affectives
Dostoïevski, suivant en cela la Tradition chrétienne orientale voit en chaque progrès dans l’amour authentique un pas en avant dans la con naissance de soi-même et donc dans la liberté et l’harmonie personnelle.
De même qu’en Dieu la distinction entre Amour et Vérité n’est pas réelle, l’élan qui porte l’homme vers l’amour la pousse également, si aucun obstacle intrinsèque ou extrinsèque ne fait obstacle, à la nature, vers une saisie plus complète de la Vérité ou de la réalité » et vice versa.
Enfin l’Amour, objet du vouloir et soutenu par l’intelligence, joue un rôle capital dans l’épanouissement de la personnalité.
Participation directe à la liberté divine, il est en chacun proportionnel à la profondeur et à la vitalité de l’image de Dieu en lui.
Ainsi l’Amour est-il le chemin indispensable vers cet état, que nous avons vu être le fruit et la résultante de la vraie liberté, état de joie et de bonheur qui donne la force de vaincre les obstacles semés sur notre route et qui nous arment contre le mal.
« On se demande parfois, surtout en présence du péché, « Faut-il recourir à la force ou à l’humble amour. N’employez jamais que cet amour, vous pourrez ainsi soumettre le monde entier.
L’humilité pleine d’amour est une force redoutable à nulle autre pareille. » (1)
(1) « Les Frères Karamazov », page 344
Rien ne résiste durablement à l’amour parce qu’il est toujours œuvre de libération.
Au plan horizontal ou terrestre d’abord, en mettant fin à l’isolement ontologique du « moi ».
L’amour est un bien qu’on ne peut pas créer à sa guise, mais qu’il faut recevoir d’autrui. La liberté absolue de l’individu ne peut s’appuyer que sur une union d’amour qui se concrétise en acte par le sacrifice de soi-même, par le désir de vivre en frère et rien que pour cela. (
(2) « Journal d’un écrivain », janvier 12877, page 443
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