MEURTRISSURE (ROMAN) - 151
Bien avant même la lumière de l’aube, ce furent de légers craquements de l’escalier qui réveillèrent Ghislain toujours enfoui et enroulé en ses couvertures sur le divan du salon.
Ria, encore en pyjama, sans s’attarder, passa à quelques mètres, tournant brièvement vers lui, un visage interrogatif et pensif. Manifestement, elle n’avait pas envie de réveiller son mari, encore moins l’intention de rappeler ses propos un peu durs de la veille au soir.
Bientôt s’échappèrent de la cuisine ces petits bruits et odeurs qui préfiguraient si joliment le petit déjeuner de la famille.
N’ayant pas envie que ses enfants voient où il avait dormi et ne l’interrogent à ce propos Ghislain, en veillant à rester le plus silencieux possible, s’extirpa de ses couvertures, enfouit au plus vite sa literie au fond d'un placard, enfila ses pantoufles puis gagna, lui aussi, très calmement, la cuisine où commença par se diriger vers son épouse qu’il embrassa, d’une façon un peu plus tendre que d’habitude.
-« Bonjour chérie, as-tu bien dormi ? «
-« Pas très bien Ghislain, j’ai mis beaucoup de temps à m’endormir. Hier soir, j’ai été peut-être un peu dure avec toi, je le regrette mais c’était plus fort que moi.
Tu vois, après les merveilleuses années que nous avons vécues à deux d'abord puis avec nos enfants, je suis un peu inquiète sur la tournure que prend peu à peu notre couple.
Je savais qu’avant moi, tu avais vécu des années quelque peu aventureuses, durant tes études; tu ne m’en n’as jamais dit grand-chose et jusqu’il y a six mois je n’avais aucune raison de m’y intéresser.
Mais aujourd'hui, je suis très inquiète.
Bien sûr, l'année passée, tu m’as tout de suite parlé des œuvres de cette artiste, rencontrée, je ne sais où et un petit pincement au cœur m’a peu à peu révéler que cette nouvelle amie n’était pas comme tant d’autres qui passaient dans ta vie comme des météores passagères.
Ton voyage, je devrais plutôt dire ta disparition en France, malgré tout ce que tu me dis sur les contraintes qui pesaient sur toi et Marthe restent pour moi et pour nos enfants, une interrogation, un choc inacceptable et j’ai bien de la peine à te pardonner encore aujourd’hui cette longue absence.
Depuis ton retour, j’ai retrouvé un peu du Ghislain d’autrefois; je ressens bien tous tes efforts pour te rapprocher de nous, mais, pardonne-moi, j’ai l’impression que l’essentiel de ta vie se situe de plus en plus ailleurs… Nous ne pouvons pas en rester là.
Si tu es d’accord, je demanderai à mes parents de prendre les enfants, un W.E. à Ham-Sur-Heure. Ainsi, nous pourrions passer un ou deux jours en un endroit calme, comme l’abbaye de Maredsous par exemple, pour réfléchir sur notre avenir et voir comment l'assurer au mieux... Qu’en penses-tu ?
-« Pris au dépourvu, Ghislain, incapable de prendre une décision sur le champ, tenta de tergiverser, sans rejeter la proposition.
-« Tu crois, que c’est vraiment nécessaire, que nous ne pouvons pas nous retrouver ici à la maison…. Patiente encore un peu. Tu verras tout peut s’arranger en y mettant de la bonne volonté »
Mais tout en parlant, le biologiste se rendait bien compte qu’il n’était pas vraiment honnête avec Ria puisqu’il avait déjà promis à Marthe-Cholenka de vivre bientôt avec elle le plus clair de son temps.
Son attitude vis-à-vis de sa copine artiste était-elle plus nette au plan des actions en tout cas sinon au plan des intentions? Il devait bien s'avoue qu'avec elle aussi, tout ne tournait pas rond.
-« D’accord chérie, ... je suis d’accord, faisons comme tu dis.. Prends contact avec tes parents et dès que tu auras une date possible fais-le moi savoir.
A présent, si tu veux, je veux aller réveiller les enfants avant de partir au boulot »
Marthe, le visage un peu tiré, resta silencieuse et son mari interpréta son silence comme un acquiescement ; il monta chercher ses deux enfants qui, chacun à leur tout, lui firent fête, contents d’être réveillés par leur papa, ce qui ne se produisait qu’assez rarement.
Quand ils se retrouvèrent à quatre autour d’une table joliment garnie par leur maman, rien n’aurait pu laisser transparaître la conversation, presque la contestation sérieuse qui venait d’opposer les deux époux.
Ria souriante leur posa quantités de questions sur les cours qui les attendaient au collège tandis que Ghislain, avec un peu plus de difficulté, leur promettait une grande promenade dans les bois de la Citadelle le prochain week-end.
S’il n’avait pas perdu de vue, la possibilité sinon la nécessité d’un moment de vérité bientôt avec sa femme, ce qui l’inquiétait forcément, il se demandait surtout où, quand et comment il pourrait retrouver Cholenka dans les jours prochains….
Yvan Balchoy
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