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Publié par BALCHOY

 

Quelques instant plus tard, Ghislain Mignolet, pris congé de sa femme en lui promettant de rentrer largement à temps pour le souper ; il emmenait dans sa voiture garée devant la maison – il avait un garage mais par paresse l’oubliait souvent – ses deux enfants bavards tous deux comme des pies, à l’instar de leur famille pépiaient joyeusement en lui parlant des cours qui les attendaient... Leur école se situait, très près de chez eux, à Salzinnes, faubourg ou plutôt quartier proche de Namur, rue Jupin dans une école paroissiale établie dans un ancien couvent franciscain.

 

Il les conduisit jusqu’au porche d’entrée, les embrassa avec une certaine culpabilité – c’est vrai qu’il n’avait aucune envie de les quitter alors qu’il agissait de telle manière que cette séparation lui semblait de plus en plus inéluctable.

 

Il eut un peu de peine à se parquer à proximité de la gare, acheta sa « Libre » et prit le train. En arrivant assez vite à Gembloux, il se dirigea, comme souvent, vers une cabine téléphonique en espérant qu’elle ne soit pas en panne ce qui lui arrivait deux ou trois fois chaque semaine. Il y glissa une pièce de vingt francs en gardant en sa main une deuxième en cas de…. puis forma le numéro de l’amie de Marthe, non désormais il dirait, il penserait Cholenka.

 

Après quatre ou cinq sonnerie, l’amie qui s’appelait Ghislaine décrocha et, si elle répondit de suite à son invitation de lui passer « Marthe », il lui sembla que ce fut avec une certaine réticence, comme si elle était un peu gênée.

 

Cholenka mit un temps qui lui parut interminable avant de lui répondre :     

     - « Oui, Ghislain », quelles sont les nouvelles. 

 

Il remarqua de suite l’absence du mot « Chéri, qui était sa salutation préférée à chacune de leurs rencontre, mais, en dépit d’un certain serrement de cœur, il préféra prendre un ton enjoué comme si de rien n’était.

 

     -« Salut, chérie, quel temps fait-il à Liège. Ici tout est gris sauf mon cœur qui est ravi de te saluer ce matin. Quels sont tes projets aujourd’hui. ? »

 

     -« Oh Ghislain, j’ai une journée terrible qui m’attend et ce sera ainsi toute la semaine.  On m’a proposé hier une exposition de mes œuvres dans une banque de la rue Pont-en-l’Isle, le mois prochain, mais je ne suis absolument pas prêt tant au plan administratif qu’au plan artistique.  Je crois que durant quelques jours, je vais être rivé ici sans une minute à moi. Tu serais chou de me laisser quelques jours pour avancer. Je te promets que la semaine prochaine, je te réserverai un rendez-vous à Namur ou ici. J’aimerais te montrer alors la salle où j’exposerai pour avoir quelques conseils de ta part. »

 

Ghislain, très déçu, se tut quelques instants. Il voulut tenter néanmoins sa chance :

 

« Ma Cholenka, je comprends bien que tu profites d’une occasion pareille, mais ne pourrais-tu pas me réserver un petit quart d’heure, le temps de prendre ensemble un café ou de passer quelques minutes à ton atelier. Je ne pourrai pas aujourd’hui, j’ai promis à Ria de rentrer tôt, mais que dirais-ti si demain je prenais congé l’après-midi ?

 

     -« Je te vois venir, mon coquin,  tu viens d’évoquer un petit café et immédiatement ensuite tu me propose une après-midi. Non, tu exagères, tu dois aussi respecter ma vie professionnelle ici. En France,  rappelles-toi, tu me promettais de très vite me rejoindre et d’entamer ensemble une vie de couple, mais je dois bien constater – et je ne veux pas t’en blâmer – que tu as encore bien des sentiments pour Ria et tes enfants. Quoi de plus naturel ! Oui, je suis amoureux de toi, j’aime bien le climat et la chaleur de nos rencontres mais j’ai besoin de gagner ma vie. Je ne peux pas vivre des mois durant sur le dos de Ghislaine. Alors, remettons, si tu le veux à la semaine prochaine notre prochain rendez-vous. Je te promets de te consacrer une journée ici ou ailleurs et je suis sûr que ma copine me laissera la maison un moment. Un peu de patience, grand impatient. Et n’oublie pas tes promesses passées. Je ne veux pas te couper complètement de ta famille mais je voudrais passer avec toi de longues journées, des W.E. et t’attendre aussi le soir après ton boulot pour que nous puissions partager enfin autrement que dans une secte une vraie vie de couple. »

 

 

Ghislain Mignolet ne pouvait au fond de lui-même que reconnaître le bien fondé des récriminations de son amie, c’est vrai qu’entre ses promesses passées et la réalité quotidienne, il y avait un hiatus sévère, surtout pour son amie dont la vie était loin d’être rose.

 

     -« Bon, Cholenka, je te comprends, je veux à présent accélérer les choses. Ria m’a proposé une journée de réflexion sur notre couple, je vais non seulement accepter mais insister pour que cette mise au point ait lieu le plus rapidement possible et je serai franc avec elle. J’ai l’impression qu’elle aussi a envie d’un changement radical en notre vie. A moi de lui révéler la vérité sans pour autant casser tout entre nous. Il y a sûrement moyen de nous séparer sinon en douceur au moins en gardant notre estime et en restant résolument, pour ma part,  le père de mes enfants, ce qui te concernera un peu aussi.

 

     -« D’accord, Ghislain, fais comme tu dis, plus seulement des mots, des promesses mais j’attends de toi des actes, un engagement qui donne sens à ma vie, à notre vie ou bien, sinon aie la franchise de dire que je ne suis pour toi  qu’une amie épisodique. Je verrai alors si j’en suis capable. Ce n’est pas  sûr. »

 

Ghislain cherchait déjà une troisième pièce qu’il ne trouva pas au fond de ses poches, il dut conclure beaucoup plus vite qu’il ne le désirait.

 

     -« D’accord, Cholenka, je n’ai plus de monnaie, nous allons être coupés, je te promets d’accélérer les choses dans le sens que tu me suggères. Bon chance dans ton exposition, je serai heureux de te voir même brièvement quand tu l’accepteras et pour le reste…. »

 

 

Le bruit si désagréable de sa dernière pièce tombant dans le coffre du téléphone résonna en lui comme une sort de traitrise du sort, il n’avait pas pu prendre congé, l’embrasser… il s’en voulait…. Mais que faire. Au boulot, il ne pouvait  plus guère téléphoner du bureau sous les oreilles indiscrètes de son collègue et la seule cabine de l’institut était en ce moment en panne.

 

Il décida donc, de mauvaise humeur, plus contre lui que contre son amie, de gagner son bureau déjà en retard de dix minutes.

 

 

 

Yvan Balchoy

yvanbalchoy13@gmail.com

http://poete-action.ultim-blog.com

 

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