13-06-26-REALITE ET ESPERANCE
Cette nuit vers 4 heure du matin, un long moment partagé entre sommeil et éveil m'a fait réfléchir à un sentiment ressenti de plus en plus au fur et à mesure que mon âge s'accroît.
Entre la sensation de renouveau maîtrisé par les sortes de rails que constituent l'habitude et les constantes de chaque journée qui commence et l'attente d'un certain inconnu et l'absolue imprévisibilité de ce qu'une nouvelle nuit va m'apporter,
j'avoue que chaque soir, au moment de m'abandonner au sommeil, j'ai davantage l'impression de m'avancer en terre inconnue que le matin dès la sonnerie stridente de mon radio-réveil.
Ce matin j'ai plus envie de vous parler davantage de la liberté de la nuit que de la réitération de la structure de beaucoup de nos journées.
Cette nuit je l'ai passé à côté d'un ami, semblant bien établi en ma vie et pourtant en tentant de rassembler mes souvenirs il m'est difficile, impossible presque de le relier à une personne réelle rencontrée jadis.
Oui, j'ai l'impression de bien connaître cet ami, de lui faire confiance, mais dans mon songe, il n'a pas vraiment de visage, de taille et sans doute de couleur de peau.
Dans cet état de veille-sommeil qui traverse beaucoup de nos nuits qu'en déduire?
On pourrait penser que ce jeune accompagnant est pure création de mon imagination ou de mon cerveau, mais alors pourquoi ai-je tellement la certitude de le connaître et d'être à l'aise à ses côtés.
Brusquement il m'a semblé découvrir sinon la dernier mot de ce mystère au moins peut-être, la clé de ce paradoxe du jamais rencontré et du si bien connu.
Ce jeune ami de ma nuit, certes n'existe pas dans la réalité concrète des quelques personnes avec qui je me sens tellement l'aise que je me plais à les fréquenter.
Et pourtant la personne avec qui je me suis promené à Dinant ou à Roubaix cette nuit ne m'est pas du tout inconnue. En fait, en réfléchissant, je me rends compte qu'il existe bien mais dans une pluralité de personnes toutes chères pour moi et qu'il en est en quelque sorte la synthèse.
En rêvant je ne rencontre pas des ogres ou des fées mais comme une abstraction, pourtant tellement concrète de plusieurs de mes amis dont la rencontre de cette nuit résume le physique d'un tel, l'esprit d'un autre compagnon, la corpulence d'un troisième. Ainsi le rêve n'est pas une négation de ma vie diurne mais plutôt un résumé d'une certaine humanité diverse et tellement semblable au plus significatif de mes rencontres passées.
Un autre exemple qui va dans le même sens; Il n' s'agit plus de personnes cette fois mais du lieu d'environnement de ce songe.
Avec cette ami, que je viens de vous dépeindre si multiple et pourtant si un dans ma nuit, je me rendais dans une sorte d'université en même temps que lieu de travail.
Pour y parvenir, il me fallait, il nous fallait, grimper une sorte de charrau, montée rude vers vers un grand bâtiment, comme vers le Collège de Bellevue en mon enfance, mais dès mon arrivée à sa porte je me trouvai clairement au sein des bureaux de cette Redoute à Roubaix, où j'ai oeuvre pendant trente ans: deux lieux bien distincts, la vallée de la Meuse si pittoresque et escarpée à Dinant d'une part, le bâtiment quelque peu usine d'employés dans la plate et plus industrielle ville de Roubaix.
Dans mon songe pourtant ces deux cités se fondaient l'une dans l'autre et j'y retrouvais unies la beauté Mosane et l'efficacité plus sévère et efficace de la Flandre française.
IL me semble que chaque fois que je m'abandonne au sommeil, je suis bien plus curieux de ce qui m'arrivera au sein de mon lit que le matin devant des journées bien rangées, bien ratissées même si je le sais de l'inattendu peut aussi en surgir.
Plus jeune , je riais de mes songes, aujourd'hui je les prends bien plus au sérieux et je crois que la vie, qui nous apprend une réalité bien plus complexe et diverse que le pur matériel, nous prépare peu à peu au grand chambardement, celui qui s'effectuera en nous au moment où nous quitterons le temps pour cette forme d'éternité apparemment figée que sera ntre mort.
Je pense que l'extraordinaire, le fantastique, de ce que nous vivons la nuit, nous prépare à un autre fantastique, une autre Vie, sans le substrat de la matière, qui ne sera pas négation du vécu sur terre mais sa synthèse et son issue.
Je comprends très bien que beaucoup ne me suivront pas dans cette conclusion née de l'analyse d'un de mes songes et je respecte leur scepticisme ou leurs autre vision.
Il n'en demeure pas moin que chaque soir, en fermant les yeux, je m'abandonne de plus en plus consciemment à une autre réalité, une autre vie, bien moins analytique ou instantanée comme celle qui nous vivons en pleine conscience, mais qui synthétise, unit et sensibilise en un ailleurs, une autre Amitié qui englobe tout où chacun de nous trouvera sans doute sa place, celle qui résultera de la synthèse de ses choix et de ses décisions. Peut-être, c'est en tout cas ma petite semence d'Espérance et je vous la partage.