02-04-23-HUMANITE GENEREUSE DE JACQUES BREL
Md Brel-Brassens-Ferrat-Ferré-Moustaki-Piaf-Vian-Reggiani-Barbara-Nougaro- ·
Gad Kabla · ·
Par Louyot Alain et (aujourd'hui directeur de la rédaction de L'Expansion)
"Avril 1965. Treize ans avant de «mourir face au cancer par arrêt de l'arbitre», comme il l'a écrit dans l'une de ses dernières chansons (Vieillir), Jacques Brel, 36 ans et au sommet de la gloire, se rend incognito en Lorraine au chevet de Pierre, un jeune malade dont les jours sont comptés. L'auteur d'Adieu l'Emile ne connaît pas l'adolescent, mais il a appris qu'il rêve de recevoir en guise de cadeau d'anniversaire une photo dédicacée de son idole, dont il connaît le répertoire par coeur...
C'est ma mère, visiteuse bénévole des hôpitaux, et mon père, médecin à Nancy, qui ont appelé, sans trop d'illusions, la maison de disques Barclay pour tenter d'exaucer le souhait de Pierre. Ils expliquent que le jeune homme est atteint d'un mal incurable. La standardiste répond poliment qu'on leur écrira. Mais, quelques jours plus tard, c'est Brel en personne qui les rappelle: «Je viendrai très prochainement lui apporter son cadeau», promet le chanteur. Il pose néanmoins une condition: «Que la presse ne soit pas au courant de ma visite.»
Lorsque Jacques Brel débarque, un matin de printemps, dans les couloirs de l'hôpital Maringer, un stock de photos dédicacées dépassant de la poche de son veston, infirmières, médecins, malades en fauteuil roulant ou sur une civière lui font une haie d'honneur jusqu'à la chambre de Pierre. «Comment vous remercier, monsieur Brel, pour tout le bonheur que vous donnez ainsi à nos malades?» chuchote sur son passage une religieuse du service de pneumologie. «Ma petite soeur, vous avez là-haut des relations que je n'ai pas. Je compte sur vous pour me pistonner le moment venu auprès du Bon Dieu», lui répond, avec un affectueux sourire, le chanteur qui aime tant, à la scène, railler «nonnettes» et «bigotes». Puis Brel entre dans la chambre de Pierre, dont le visage s'illumine. Il bavardera plus d'une heure avec lui. Je prends quelques photos avec mon Instamatic Kodak. L'incognito de Brel est respecté: comme Pierre, je n'ai que 16 ans, et je ne suis pas encore journaliste."
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