MACRON SONNE CREUX FACE A LA FRANCE 18-04-23- DES CASSEROLES (ILYES RAMDANI-MEDIAPART)
Sans rien lâcher sur le fond, le président de la République a tenté lundi soir de reprendre le fil d’un quinquennat marqué par trois mois de crise. Mais est-ce seulement possible ? Faute d’annonces nouvelles, son allocution de treize minutes a pris la forme d’un grand écran de fumée. L’impasse du pouvoir semble plus étroite que jamais.
Ilyes Ramdani
17 avril 2023 à 22h37
À l’heure du dîner, Emmanuel Macron s’est invité chez les Français·es les mains désespérément vides. Englué dans une crise sociale et démocratique majeure, confronté à un mouvement social historique, le président de la République a promis d’en « tirer tous les enseignements » sans en esquisser un seul en treize minutes d’allocution.
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La réforme des retraites n’est « à l’évidence » pas « acceptée », a-t-il reconnu. Elle sera pourtant bien appliquée, a-t-il expliqué en substance, comme le reste du programme présidentiel. Sans formuler la moindre critique sur sa propre action, ni même sur sa méthode, le chef de l’État s’est contenté d’une formule qui ne coûte pas cher : « Un consensus n’a pas pu être trouvé et je le regrette. ...
De même, les annonces à venir sur les fraudes sociale et fiscale, la refonte du système de santé, le renforcement de l’arsenal contre l’immigration illégale ou la volonté de faire (re)venir à l’emploi les bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) avaient déjà été faites au cours des derniers mois.
Parmi les rares annonces qu’il aurait pu faire, le chef de l’État n’a rien dit sur le versement à la source des prestations sociales ni sur le plan en faveur des quartiers populaires, qu’il est censé annoncer dans quelques semaines. Au moment d’évoquer les quartiers et les zones rurales les plus en difficulté, il s’est contenté de dire : « Nous trouverons des solutions. »
De la resucée et de l’audace...
Plus gênant encore : à la répétition, le président de la République a parfois ajouté quelques arrangements avec la réalité. Il a répété sa promesse que tous les enseignants absents seraient désormais systématiquement remplacés, faisant fi de l’échec des négociations avec les organisations syndicales sur le « pacte » qu’il leur proposait....
Rien n’est décidément assez fort pour faire dévier le « cap clair » d’Emmanuel Macron. Ni le peuple qui gronde, ni les portes qui claquent, ni les concerts de casseroles devant les mairies de France pendant son allocution. Après tout, n’est-il pas en passe de réussir la reconstruction de Notre-Dame en cinq ans, s’est-il gargarisé pendant l’allocution ? « Il doit en être de même pour les grands chantiers de la nation », a-t-il lancé....
« Le problème, c’est qu’il nous tend la main après nous avoir fait un bras d’honneur », a d’ailleurs réagi Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, sur BFMTV. « Tout ça pour ça, a abondé Laurent Berger, son homologue de la CFDT. Il ne suffit pas de treize minutes d’intervention pour calmer la colère des Français. »...
Devançant les critiques, le président de la République a voulu emmener les Français·es dans sa réalité parallèle. Celle où il peut dire, sans rire, aux organisations syndicales que « la porte [leur] sera toujours ouverte », alors même qu’il leur a refusé la moindre entrevue pendant trois mois. Celle où il est convaincu qu’il a cherché, « à chaque fois », à « protéger les plus faibles » et à « tenir l’intérêt du pays »....
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Au fond, l’intervention présidentielle a donné l’impression d’un grand écran de fumée. Emmanuel Macron a pris la parole parce qu’il devait la prendre. Il a coché les cases les plus convenues, réalisé toutes les figures imposées d’un exercice du genre. Ses conseillers en communication pouvaient se rassurer : son allocution a bien évoqué « l’apaisement », tout comme le « cap clair », « l’esprit de responsabilité » et « l’élan national ». Hélas pour les stratèges élyséens, le langage présidentiel n’est pas performatif et les coquilles sonnaient bien creux.
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Faute d’idées nouvelles, le chef de l’État a occupé l’espace et tenté de gagner du temps. C’est sûrement là le principal enseignement de son intervention. Il a demandé « cent jours » au pays pour mettre en œuvre cette « feuille de route ». « Cent jours d’apaisement, d’unité, d’ambition et d’action au service de la France », a-t-il détaillé. Le 14 juillet viendra l’heure d’un « premier bilan », a-t-il promis. D’ici là, il ne faut rien attendre, peut-être même pas le remaniement ministériel qui semblait s’imposer...
Ilyes Ramdani
https://www.mediapart.fr/journal/politique/170423/macron-sonne-creux-face-la-france-des-casseroles
Vous pourrez lire l'article intégral de Ilyes Ramdan i sur le site de Mediapart que je vous conseille vivement. (YB)
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