03-05-23- L'INITIATIVE DE PAIX CHINOISE EST PRAGMATIQUE ET RAISONNABLE (ALFRED DE ZAYAS - INVESTIG'ACTION DE MICHEL COLLON)
Envoi de Samba Allard
Dans cet entretien avec le professeur Alfred de Zayas, spécialiste du droit international et ancien mandataire de l’ONU, il revient sur les critiques portées envers la Chine. Critiques internationales ou plutôt occidentales? Il y répond à travers de nombreux arguments. (IGA)
Actualité en question : La Chine est de plus en plus attaquée verbalement par les États-Unis. Quelles en sont les causes selon vous?
Professeur de Zayas Certains politiciens américains ne tolèrent aucune concurrence. Ils veulent être le numéro un mondial et y rester pour l’éternité. Ils croient à l’imagination du professeur Francis Fukuyama dans son livre stupide « The End of History ». Ils regardent avec suspicion et horreur comment la Chine s’est hissée au rang de première puissance économique mondiale. Ils souffrent de jalousie, d’hubris, de surestimation de soi, d’autojustification. Ils pensent avoir toujours raison et que les États-Unis ont la mission sacrée de fixer des règles pour le monde entier. Cette attitude arrogante se retourne contre eux. Les Chinois ne veulent pas de guerre avec les États-Unis. Ils veulent faire du commerce et avoir des relations amicales. Mais cela n’est pas possible si l’une des parties insiste sur sa « supériorité morale ».
Ici, de nombreux hommes politiques comme Biden, Blinken, le sénateur Lindsay Graham, expriment tout simplement une sinophobie vulgaire. On diffame le prétendu adversaire et on se sert encore de cette diffamation comme base pour adopter une politique et des mesures hostiles. Ces politiciens américains sèment la haine contre d’autres personnes et d’autres peuples, en violation de l’article 20 du Pacte sur les droits civils et politiques, qui interdit l’incitation à la haine.
Les États-Unis font notamment de la provocation dans le cas de Taïwan. Quel est le statut de Taïwan en droit international ?
Personnellement, j’éprouve une certaine sympathie pour les Chinois de Taïwan. Je leur reconnaîtrais le droit à l’autodétermination. Mais la Chine voit un danger existentiel si Taïwan devenait « indépendante », car Taïwan ne pourrait pas rester longtemps ainsi. Taïwan deviendrait une base militaire des États-Unis. La situation est similaire à celle du Tibet. Je crois aussi au droit à l’autodétermination des Tibétains, mais – comme me l’a révélé un haut diplomate chinois il y a des années – à la minute où la Chine se retirera du Tibet, les Américains ou l’OTAN s’y installeront. (J’appelle l’OTAN la « North Atlantic Terror Organization » – il est certain que les attaques de drones contre des civils en Afghanistan et en Irak constituaient une terreur au sens du droit international, de même que l’utilisation d’armes qui ne peuvent pas faire la différence entre des cibles civiles et militaires. C’est ce que font les pays de l’OTAN à longueur de temps).
Depuis des décennies, les États-Unis mènent une politique d’encerclement de la Chine. Certes, nos politiciens ne connaissent que peu l’histoire et ne savent pas ce que l’Occident a fait aux 19e et 20e siècles. Mais les Chinois n’ont pas oublié les agressions de l’Occident aux 19e et 20e siècles – pas les deux guerres de l’opium, le vol de Hong Kong par la Grande-Bretagne, la « gunboat diplomacy » des États-Unis, les massacres de Chinois lors de la « révolte des Boxers », le génocide de Nankin par les Japonais. Les Chinois savent à qui ils ont affaire. Ils savent qu’il ne faut pas faire confiance aux États occidentaux et à leurs alliés, qu’ils violent régulièrement les traités et ne tiennent pas parole. C’est pourquoi les Chinois ne veulent prendre aucun risque, ni à Taiwan ni au Tibet. Du point de vue du droit international, Taïwan et le Tibet appartiennent à la Chine, mais il faut à tout prix éviter toute violence. Cela devient toutefois difficile si les États-Unis provoquent constamment et tentent d’inciter les politiciens de Taiwan à se montrer défiants. En cas de violence – interdite par l’article 2(4) de la Charte des Nations unies – les États-Unis seraient les principaux coupables. N’oublions pas non plus qu’une provocation implique une menace. L’article 2(4) de la Charte des Nations unies interdit non seulement le recours à la force, mais aussi la menace.
Nous voyons ici un parallèle avec la crise ukrainienne, où les États-Unis et l’OTAN ont constamment provoqué et refusé de discuter d’une solution pacifique comme celle proposée par la Russie en décembre 2021.
La Chine a lancé une initiative de paix pour mettre fin à la guerre en Ukraine. L’Occident l’a rejetée comme étant de la propagande russe. Quelle valeur attribuez-vous à cette initiative ?
Le plan en 12 points des Chinois est bien ancré dans la Charte de l’ONU et dans des résolutions de l’ONU. Le plan est conforme à l’esprit et à la lettre du droit international, notamment l’obligation de résoudre les différends par des moyens pacifiques – une obligation de dialogue et de compromis, la nécessité d’un « quid pro quo ». La Chine a proposé son aide en tant que médiateur et a récemment fait ses preuves dans la médiation entre l’Iran et l’Arabie saoudite. La Chine, le Brésil, le Mexique et d’autres pays veulent faciliter une trêve et des négociations rapides.
En tant que citoyen suisse depuis 2017, je pense souvent à la pertinence de l’idée de paix du saint patron de la Suisse, Nicolas de Flüe (1417 – 1487). En 2013 déjà, j’ai fait un pèlerinage à Flüeli-Ranft dans le canton d’Obwald, j’ai visité Stans et Sarnen, où Frère Nicolas est enterré dans l’église paroissiale de Sachseln. C’est à lui que l’on doit le compromis de Stans de 1481, qui a empêché la désintégration de la Confédération. En décembre 1481, le curé de Stans se rendit chez Nicolas et revint avec un conseil de l’ermite pour négocier. Les conseillers se réunirent à nouveau et parvinrent à une solution après seulement deux heures.
L’initiative de paix chinoise est tout à fait pragmatique et raisonnable. Faire la paix signifie : pas de vainqueurs, pas de vaincus, signifie un « do, ut des », un compromis. Mais Biden, Blinken et Selenskij parlent de « victoire ». Cette attitude prolonge la guerre, en violation de l’article 2(3) de la Charte des Nations unies.
La Chine est régulièrement critiquée par l’Occident pour sa situation en matière de droits de l’homme. Ces critiques sont-elles justifiées ?
Nous avons tous intérêt à promouvoir la réalisation des pactes des droits de l’homme de l’ONU. Mais cela ne passe pas par des critiques hostiles, mais par des initiatives constructives. En tout cas, les États-Unis n’ont aucune raison morale de critiquer la Chine. Ils doivent d’abord balayer devant leur porte. L’histoire des États-Unis est marquée par le génocide des autochtones Crees, Cherokees, Dakotas, Mohawks, Navajos, Pueblos, Seminoles, Sioux, Squamish, par la traite des esclaves et l’esclavage, par la discrimination et la politique d’apartheid envers la population noire. Aujourd’hui encore, les Noirs sont désavantagés aux États-Unis. Seuls les Noirs qui « s’adaptent » ont un espoir de faire carrière.
Bien sûr, les Chinois ont des problèmes de droits de l’homme – tout comme la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Inde, le Pakistan, l’Indonésie, etc. La Chine coopère avec le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, avec le Haut-Commissariat aux droits de l’homme et a invité Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire de l’ONU, à visiter la Chine en mai 2022. Aujourd’hui, la Chine a sorti des millions et des millions de personnes de la pauvreté absolue. La Chine a de nombreux mérites qui doivent être reconnus...
Traduction Bernard Tornare
Source : dezayasalfred.wordpress.com
Pour lire l'article intégral d'Alfred de Zayuas, référez-vous à l'excellent site de Michel Collon "INVESTIG'ACTION"
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